L'Eglise cathare et l'inquisitionDepuis 1150 à peu près, l'hérésie albigeoise, plus exactement cathare, ne cessait de se répandre en Languedoc, contaminant non seulement les humbles, mais une partie de la noblesse, au détriment de l'Eglise romaine...
Les
Parfaits avaient reçu le consolamenteum, sacrement d'une rigueur extrême qui les séparait du monde et les astreignait à des obligations presque insupportables. A coup sûr, une telle religion obéissait au mysticisme le plus affiné, en même temps qu’elle autorisait chez les simples croyants toutes les licences. Cette dualité ne laisse pas d’étonner dans un pays où les mœurs étaient relâchées, où l’air que l’on respirait, la beauté des femmes, le luxe des vêtements, la prospérité générale et le chant des troubadours, appelaient à l’amour le plus charnel et le plus libre !
Mais pour les Albigeois, ce bas monde était l’apanage de Lucifer. Procréer, rien d’autre que peupler le sombre royaume du péché. Il était donc sans importance que les simples croyants cédassent à la tentation. La seule planche de salut était le consolamentum. Les mourants que l’on « consolait » devenaient à leur tour des Parfaits ; s’ils guérissaient, ils n’avaient plus le droit de retourner au monde. C’était une Eglise à certains égards exemplaire, irréprochable. La pauvreté totale, la chasteté, les privations, la charité, voilà ce qui distinguait des autres ces étranges prêtres vêtus de noir et faméliques.
Auprès d’eux les riches prélats de l’Eglise catholique, les seigneurs abbés, les gras chanoines, les curés bien pourvus, semblaient des caricatures de prêtres.
Les Parfaits n’avaient rien, ils distribuaient tout aux pauvres, ils ne demandaient qu’une tranche de pain et un peu d’eau. Ils allaient, deux à deux, par les chemins comme les premiers disciples de Christ, prêchant sous les oliviers ou dans de pauvres maisons. Le peuple les aimait, on comprend bien pourquoi, et l’hérésie faisait tache d’huile…
Certains seigneurs languedociens penchaient pour l’hérésie, car une partie de leur famille et parfois leur épouse ou leur fille adhéraient à la nouvelle doctrine. D’autres ménageaient simplement l’opinion.
Rome s’émut et lança d’abord des prédicateurs pour combattre l’influence des Parfaits. Tous échouèrent successivement dans leur mission. Mais pouvaient-ils réussir ? Rome était présentée au peuple languedocien comme l’antre du démon et les grands seigneurs du Languedoc protégeaient les Parfaits.
Le pape Innocent III essaya la douceur. Il était parfaitement conscient des abus pratiqués par certains de ses prélats et de leur vie indécente. Il facilita donc l’entreprise de l’évêque d’Osma, Azevedo, et du futur saint Dominique. Ce dernier créa l’ordre de frères prêcheurs (les Dominicains) capable de rivaliser, par l’exemplarité de ses mœurs et par son dénuement, avec les Parfaits. Mais, à Rome, sans méconnaître l’utilité des Dominicains, un parti réclamait instamment des sanctions, en clair : une croisade contre les Albigeois.

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tiré du livre :
Philippe II Auguste
de Georges Bordonove